Wearing Data

Il exerce un métier qui n’existe pas encore tout à fait. À la croisée de l’art, du design, de la recherche et de la fabrication, il construit des formes capables de révéler comment les technologies contemporaines colonisent peu à peu notre intimité, nos imaginaires et nos comportements. Son travail habite cette zone de bascule où la machine ne sert plus seulement à produire, mais commence à modeler nos émotions, nos gestes, nos désirs et nos récits intérieurs.

Artiste français basé entre Paris et Brooklyn, il développe une pratique transdisciplinaire mêlant installation, image, électronique, intelligence artificielle, sculpture, impression et dispositifs hybrides. Il explore les tensions entre vivant et infrastructure, artisanat et automatisation, corps et interface, identité et simulation, dans une œuvre où le code, le végétal, la matière et le symbolique entrent en collision.

Son langage visuel et plastique s’inscrit dans une réflexion sur les nouvelles formes de créolisation entre vivant, données, image, subjectivités et systèmes techniques. Plus qu’une critique extérieure de la technologie, son travail met en forme la façon dont elle agit déjà en nous : dans nos sensibilités, nos attachements, nos projections et nos formes de présence au monde.

Texte écrit dans le cadre du Prix de la Fondation de France.

Powerhouse Arts — Printmaking Residency
À venir
Résidence à venir à New York, au sein du programme de printmaking de Powerhouse Arts.

Industry City Arts Program Residency
En cours
Résidence en cours à Brooklyn, New York.

NYC Makerspace Residency
En cours
Résidence en cours à New York, autour des pratiques de fabrication, de recherche et d’expérimentation.

2026Powerhouse ARTs, New York City 2025Selected SORA OpenAI (talented artist), New York City 2025Maker Space Program, Army Terminal, New York City 2024@Push, Sur l’envers, curation Andréanne Béguin, Paris 2024Art in the Age of AI, Villa Albertine, invitation Camille JeanJean, New York City 2023Industry City Group Show, New York City 2022Fondation Orange Rouge, Paris 2021Normal Map, Thomas Guillemet x Centre national édition art image (CNEAI), Paris 202165e Salon de Montrouge, Paris 2021Jeune Création 71, Fondation Fiminco, Paris 2020Skéomorphe, Centre d’Art d’Île-de-France, Auvers sur Oise 2020I HAVE DONE THINGS HERE I COULDN’T DO ELSEWHERE, 6B, Paris 2020The Wrong Biennale, co-commissariat Indira Béraud, International digital event 2020BodyFail, Institut Français, Abu Dhabi 2020European Night of Researchers, Quai des Savoirs, Toulouse 2019Il est urgent que le progrès programme, The Window, Paris 2019Coder le monde, Centre Pompidou, Paris 2019Le geste, CNEAI, performance / intervention, invitation Julien Prévieux et Romain Semeteys, Magasins Généraux, Pantin 2018Entretiens de Royaumont, La Sorbonne Abu Dhabi, United Arab Emirates (Institut français) 2018Pyramid of the Louvre, Paris (private Accenture evening) 2018Mutations/Créations : coder le monde, Centre Georges Pompidou, Paris 2018Lost in Translation, Galerie des Beaux-Arts, Paris, France 2018Filaf, Festival International du Livre d'Art et du Film, Invitation de Romain Semeteys, Perpignan 2017Young Talented, Fondation de France, Lauréat invitation Yael Naim, Le Cent-quatre, Paris 2017Go Canny, Poétique du sabotage, Villa Arson, Invitation Eric Mangion, Nice 2017Pulsar, Fondation EDF, Paris 2016Une inconnue d’avance, Villa Emerige 2015—Dys—affordance, CDDA SVA, New York City, USA

2011 — 2015MFA Visual Arts & Fine Arts
École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs — Énsad —, Paris
Valedictorian Président du jury José-Manuel Gonçalvès
Visite
2013 — 2014Bachelor Visual Arts & Fine Arts
School of Visual Arts — SVA —, New York City
GPA: 4.0
Visite
2013 — 2014Type@Cooper, Typeface design.
The Cooper Union, New York City
Visite
2009 — 2011Bachelor Visual Arts & Fine Arts
École Estienne ÉSAIG, Paris
École Supérieure des Arts et des Industries Graphiques
Visite

PROFESSEUR-CHERCHEUR
Arts visuels, Design spéculatif et strange design, Design expérimental, Design typographique

Interventions au sein de plusieurs formations de niveau master :
—MFA— Master Design Global Recherche & Innovation
—MFA— Master Direction artistique en design
—MFA— Master Fine Art & Visual Arts
—BFA— Fine Art & Visual Arts

Enseignements :
— Arts visuels & printmaking, mixed media, Art engine, typographie, création typographique, design éditorial, design expérimental, design spéculatif
— Suivi critique, accompagnement de projets de diplôme
et direction de mémoires.
— Programmation des cursus et des ateliers

Grande École et université associées :
— Ministère de l’Éducation nationale / Académie de Versailles
Éducation artistique, culturelle et Design
— École supérieure d’art et de design Condé, Paris
MFA, BFA

Étudiant.e.s accompagné.e.s
(MFA) mémoire et projet de fin d’étude

Alison RicoSite Arnaud KaltInstagram Aurélia Fabre Aurélien CattinSite Camila Ramirez Camille BourdonSite Camille ChanudetInstagram Dylan Da SilvaSite Juliette CavrotSite Léo ImbertSite Mélanie Mercuri Mirei SugimachiSite Pauline GueriniInstagram Pauline HA-FAInstagram Pierre-Ange AznarSite Pierre CottoInstagram Swann VazeuxInstagram 1 Instagram 2 Valentin JabaudInstagram 1 Instagram 2 Victor MontetSite Yohan Rihouay Zhi Bin YuInstagram Zoé Le Corre

  • 2026Powerhouse ArtsRésidence
  • 2025NYC Makerspace ProgramRésidence
  • 2024Industry City Arts ProgramArtiste & Résidence sélectionné
  • 2021Salon de MontrougeMontrouge, Artiste sélectionné
  • 2021Jeune Création 71Fondation Fiminco, Artiste sélectionné
  • 2021Prix Folie NumériqueLauréat
  • 2020The Wrong BiennaleParticipant sélectionné
  • 2017Pulsar — The Open Art PrizeLauréat
  • 2016Révélation Emerige, Une inconnue d’avanceArtiste sélectionné
  • 2016Bourse Idéclic JeuneFondation de France, Lauréat
  • 2015Bourse Jeune Créateur & Artisan d’artFondation Bettencourt Schueller, Lauréat
  • 2014School of Visual Arts (SVA)New York, Boursier
  • 2013Bourse d’étude au mériteMinistère de la Culture et de la Communication, Lauréat
  • 2025Art in the Age of AIVilla Albertine Site
  • 2024@poush(web) Site
  • 2022Mauvaise graine Magazine(print) Site
  • 2022Jeune Création(interview vidéo) Site
  • 2021Artistik Bazaar(web) Site
  • 2021Le Quotidien de l’art(web) Site
  • 2021Numéro Art(web) Site
  • 2020Art Majeur(web) Site
  • 2020Coder le mondeédition du Centre Pompidou (print)
  • 2020CNEAISite
  • 2019Usbek & Rica(web) Site
  • 2019Révélation Emerige(print)
  • 2019The Window(web) Site
  • 2019Numéridanse(web) Site
  • 2019Tzvetnik(web)
  • 2019Beware(web) Site
  • 2019Point Contemporain(web)
  • 2018Figure Figure(web) Site
  • 2018Corps en jeu Fondation de France(web)
  • 2018WeTransfer Talented(web)
  • 201720 Minutes(web) Site
  • 2017Artistik Rezo(web) Site
  • 2017Manifesto XXI(web) Site
  • 2017Vice Creator(web) Site
  • 2017Les Échos(web) Site
  • 2017Science et Avenir(print)
  • 2016Une inconnue d’avance(print)

IRRÉSISTIBLE
La machine à l’épreuve du désir, chez Thomas Guillemet

Salon de Montrouge, 30 octobre 2021. Je suis apostrophé par ces quelques mots « SEND NUDES, I’M SAD » inscrits en lettres capitales sur des panneaux rétroéclairés [caissons lumineux artisanaux]. Il s’agit de la section du salon réservée à Thomas Guillemet, surchargée d’objets : des écrans, des images illuminées au néon et des assemblages en céramique, cordes et latex recouvrent des impressions collées sur la totalité de la surface des cimaises. Certains empruntent leurs courbes et leurs dimensions aux sextoys, d’autres aux accessoires BDSM. Un des écrans diffuse en boucle une animation futuriste, comprenant un numéro de téléphone, auquel il est possible d’envoyer un SMS pour engager une conversation avec une intelligence artificielle. Qu’ils soient présents physiquement, modélisés en 3D ou photographiés, les différents éléments sont en situation d’intrication complexe, à la manière de ces entrelacements de lanières de cuir qui sortent puis rentrent par la bouche d’un des masques exposés.

Quelques mois plus tard, je retrouve ces mêmes objets dans l’atelier de Thomas, à Auvers-sur-Oise. J’avais besoin de creuser la discussion que l’on avait entamée lors du salon, et qui m’avait semblé cacher une pratique plus riche et complexe. Aussi, parce que l’œuvre de Thomas résonnait chez moi à plusieurs endroits : les sujets de l’art-science, mais aussi du numérique et des sexualités y étaient présents, et traités d’une manière singulière, nourrie d’un travail poussé de recherche.

À la croisée de tous ces flux

C’est donc avec tout cela en tête que je suis entré un jour de février dans cet atelier, situé sous les combles d’un logement d’artiste, illuminés par une grande baie vitrée. Des poutres traversent l’espace et le tout est peint en blanc. Des dizaines de céramiques sont disposées sur une table au centre et des chutes de cuir sont suspendues à cheval sur l’une des poutres, ainsi que différentes sections de corde. Je reconnais les panneaux de la dernière installation, démembrée et répartie aux quatre coins de la pièce. Des plaques en grès sont posées les unes contre les autres sur le sol, d’autres encore dont la surface a été imprimée sont disposées sur un établi en retrait. Dans un des coins, juste à l’endroit où le plafond incliné oblige à se pencher, un traceur. Du côté opposé, d’autres céramiques emballées sont déballées par Thomas, et nous entamons la conversation.

Cerné de ces accumulations de matières, il m’explique sa manière de travailler. Un long travail d’assimilation mène à la formation de ces objets hybrides, tant dans les formes que dans les composants utilisés. Le jeune artiste s’est rendu attentif à ce qui se passait sur internet, il a épluché les sites pornographiques et les forums, à la fois de gamers mais aussi d’échange de services sexuels, et s’est même engagé à certains moments dans des conversations anonymes. Un véritable intérêt s’est développé chez lui pour ce qu’il pourrait appeler les « mutations du désir érotique », le « néo-porno ». Son travail se situe précisément à la croisée de tous ces flux, pour la plupart numériques, qu’il ingurgite et dont il fait naître des modélisations et des assemblages chimériques.

Afin de créer ces nouvelles formes, Thomas s’inspire de la manière dont les sextoys sont dessinés, de leur lien avec la mécanique anatomique, et fait appel à de nombreux codes de la sphère pornographique. Par exemple, les caractères 4K et VR sont une citation de la manière dont les vidéos pornographiques sont référencées, signe d’un rapport de plus en plus technologique à la chose érotique. La pratique de l’ASMR, elle, se retrouve dans les rideaux de faux ongles, assemblés longuement et patiemment par Thomas, et symbolisant également précisément l’endroit de contact entre le corps et l’écran. Enfin, l’emoji représentant une rose, utilisé sur les sites d’escorts comme métaphore d’une monnaie d’échange, est incarné par ces pétales figés dans la résine epoxy de certaines parties de l’installation.

Tous ces exemples rapprochent SEND NUDES, I’M SAD de ce que pourrait être le rendu esthétique d’une observation sociologique des sexualités contemporaines. Un rendu toutefois biaisé, car les objets sont détournés, rendus inopérants. En effet, on s’imagine mal utiliser ces sextoys, du fait de leur fragilité ou de leurs formes complexes. Pourtant, ce qui est frappant dans la pratique de Thomas, ce sont ces efforts répétés qui convergent vers la création matérielle. Il y a en effet cette volonté de donner présence à des phénomènes latents, d’opérer cette translation du numérique à la matière. Thomas revendique un protocole de création artisanal, qui prenne pleinement le temps dont la matière a besoin, et qu’il réalise pour la majeure partie seul, à l’aide de ses mains. Il s’agit d’incorporer une valeur artisanale dans ses œuvres, de conserver la possibilité que les choses soient imparfaites, en opposition à un mode de faire technologique qui tendrait, lui, vers une perfection.

Une relation de résistance

Cela a longtemps participé du rapport que Thomas entretenait avec la machine. En effet, au cours des premières années du développement de son travail, il nourrissait une relation contrariée à cette dernière. Que ce soit dans le travail d’impression, dans le travail numérique ou dans le langage, beaucoup des projets précédents de Thomas mettaient l’accent sur le sabotage, comme la série Dysfordance (2014-2021), à l’origine du graphisme de l’exposition go canny! à la Villa Arson en 2017, ou bien sur la mise en place de stratégies de micro-résistance, comme dans le projet Bored At Work (2017), présenté au CNEAI.

D’autres installations mettaient en exergue l’incohérence et l’absurdité des technologies numériques, comme Il est urgent que le projet programme (2019), mettant en jeu un générateur de phrases vides de sens, sur la base de reconnaissance faciale. D’autres moyens ont également été explorés par Thomas Guillemet dans le but d’opposer une résistance mécanique à la machine, notamment à travers des travaux d’impressions désaxés que l’on retrouve dans de nombreuses installations de l’artiste, empruntant au glitch de Wade Guyton et permettant de retrouver une physicalité.

Toutes ces stratégies mises en place et éprouvées dans les dispositifs de l’artiste étaient motivées en quelque sorte par une peur des machines, et notamment par la crainte d’en devenir une soi-même. C’est notamment en ce sens que l’on retrouve souvent dans la pratique de Thomas une envie de tromper ou du moins de crypter les messages pour les détourner d’une compréhension qui serait automatique, instantanée. C’est précisément le propos de la série continue Bot or not to bot (2014-2021), compilation d’impressions présentes dans chaque installation de l’artiste, sur lesquelles des motifs inspirés des captcha se superposent les uns aux autres et deviennent illisibles, comme une manière d’empêcher que les œuvres ne soient accessibles trop facilement et d’opposer une résistance à nouveau.

Construire une capacité d’adaptation

Pourtant, les dernières installations de Thomas, dont SEND NUDES, I’M SAD, semblent tout à fait à l’opposé de l’idée de résistance. Il s’agirait d’ailleurs plutôt de laisser-aller. En effet, en intégrant largement la notion de désir, Thomas est à présent à la tête d’un corpus d’œuvres qui nourrissent, et même abondent dans le sens d’une complémentarité, voire d’une hybridation possible avec la machine. Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est que c’est au moment où Thomas prend en compte les pratiques du désir qu’il arrive précisément à construire une capacité d’adaptation, et à en proposer des formulations. Cela rejoignant par ailleurs les théories philosophiques définissant le désir comme énergie transformatrice.

C’est aussi nécessairement à travers une approche plus charnelle que l’on arrive à une possibilité de mutation. Si la question de l’humain avait toujours été présente dans les obsessions de Thomas, elle y était uniquement en négatif, comme une opposition dichotomique à la machine. À présent, le rapport au corps est nettement plus assumé et la recherche d’hybridité farouche. En effet, Thomas me confie qu’un des axes de ses recherches formelles du moment, pour poursuivre dans cette direction, serait de créer une forme robotico-érotique, voire pornographique, fantasmée, qui ne comporterait aucun référentiel humain ou anatomique. Cela rejoint l’idée de transmachinisme qu’il défend, notion parente, quoiqu’opposée, au transhumanisme, en cela qu’il s’agirait d’accepter que la machine nous préexiste, et ainsi de faire le choix de nous y adapter, plutôt que d’essayer de dépasser les facultés humaines dans des entreprises vaines et stériles.

Ce qui est riche également chez Thomas Guillemet, c’est que l’on se retrouve à explorer des endroits finalement très peu éloignés de ceux décrits par Donna Haraway notamment, mais en empruntant le chemin de la machine, et non pas nécessairement en venant d’une approche féministe. Ainsi, la manière dont Thomas traite ces sujets est résolument contemporaine, car le rapport au numérique y entretient nécessairement un rapport au genre. Son travail est alors lui aussi hybride ; et il me semble particulièrement intéressant, d’un point de vue critique, d’observer un jeune plasticien contemporain, intéressé avant tout par le numérique, basculer à présent vers des questions de genre et de sexualités.

Peut-être qu’une révolution a eu lieu

Cela est marqueur de notre moment contemporain, au sein duquel la porosité des discours est parfois plus évidente. Thomas, qui a aujourd’hui 32 ans, s’est lui-même mis au contact de ces discours à travers ses recherches, qui l’ont également amené à témoigner du rapport ordinaire qu’entretiennent les nouvelles générations au mélange des désirs et des technologies. Nous terminons en effet notre discussion en évoquant la relation qu’a la Gen Z à la virtualité, et la propension beaucoup plus évidente qu’elle aurait à la mutation.

Effectivement, peut-être qu’une révolution a eu lieu en dix ou quinze ans, c’est-à-dire que, d’un internet open source où il s’agissait à la fois de liberté totale et d’invention de soi, que Thomas regrette, et qui était aussi le cœur de l’exposition I Have Done Things Here I Couldn’t Do Elsewhere, qu’il avait curatée en 2019 au 6B, est-on passé à un internet où règnent les régulations et l’identité formelle, pour enfin revenir aujourd’hui à un paradigme du métavers, sans doute capable de redéfinir à grande échelle ce qu’est le rapport à soi et de reparamétrer les modes d’hybridation avec la machine.

On voit donc se succéder des moments de résistance et d’adaptation entre l’humain et la machine, que la pratique de Thomas, au contact des discours les plus contemporains, traduit particulièrement bien. C’est d’ailleurs au sujet du changement climatique et de l’environnement que le jeune artiste s’attaquera ensuite, avec un projet pour les États-Unis. L’idée sera de faire interagir les data centers étatsuniens avec leur milieu botanique proche, à l’aide d’un long travail de recherche et de collecte d’informations.

Robots Créoles

Quand nos vies quotidiennes semblent codifiées par des algorithmes, la matérialité du corps dérape, fait irruption, excède. Dans les bas-fonds de l’Internet, des communautés d’employés de bureau organisent des championnats autour du plus habile à tourner des stylos avec les doigts, à virevolter sur sa chaise ou à simuler une batterie avec sa main. Thomas Guillemet inventorie ces gestes de résistance face au conditionnement bureaucratique. Il faudra ainsi mettre des lunettes de soleil, flegmatique, pour arriver à lire son néon avec l’inscription cryptée NSFW (not suitable for work / inapproprié pour le travail). L’artiste traque les dissonances entre le pouvoir exponentiel des machines et la formidable capacité de nos corps à dérailler. Nos vies sont une défaillance du système. « Ma dyslexie m’a mené vers le langage imprimé, que je pouvais manipuler : ce que je ne maîtrisais pas s’est transformé en capacité à échapper au sens des mots », évoque l’artiste. Quand il imprime des captcha — ces mots cryptés, illisibles par la machine — sur des éléments domestiques (tapis ou tôles ondulées), il souligne un paradoxe : c’est la typographie, cette vieille technique, qui permet encore de distinguer un humain d’un virus. Il imprimera alors sur des toiles des noms menaçants de spyware ou malware, permettant à ses œuvres d’infiltrer les réseaux en camouflant leur identification à l’art. Pour l’artiste, c’est notre capacité à apprendre des erreurs, et l’imagination, qui nous distingue de l’intelligence artificielle : il fera ainsi bugger une machine censée identifier nos gestes en proposant une chorégraphie de sabotage. Quand nous croyons fabriquer des objets, ce sont eux qui agissent sur nous, conditionnant nos gestes : l’artiste s’attaquera au principe de l’affordance (la capacité d’un objet à suggérer son mode d’utilisation), en frottant ou érotisant des objets, rappelant leur ergonomie arbitraire par le contre-emploi. « Grandir en banlieue parisienne m’a permis de saisir très vite que les mutations de langage sont aussi des mutations sociétales », évoque-t-il, « Des expressions propres à la technologie deviennent des comportements ». Quand il inscrit Netflix and chill (synonyme de faire l’amour pour les millennials) sur de la céramique, ce sont ainsi les vieilles oppositions entre réel et virtuel, corps et machine, qui deviennent archéologiques.

Réalités contemporaines
Édition N°2192

C’est dans les arcanes des programmes informatiques, de l’intelligence artificielle et des systèmes de surveillance que Thomas Guillemet puise sa matière. Né en 1989 et diplômé des Arts décoratifs de Paris ainsi que de la School of Visual Arts de New York, l’artiste observe les mutations de notre langage, de nos comportements et de nos désirs, dues aux nouvelles technologies. Dyslexique, il s’intéresse d’abord aux typographies utilisées dans les captcha, ces identifiants cryptés permettant de distinguer un utilisateur humain d’un virus informatique, avant de créer des chorégraphies loufoques échappant à l’œil des caméras d’identification. Recourant à des techniques artisanales et numériques, ses œuvres mêlent ainsi typo, imprimerie, gravure et céramique à des dispositifs interactifs, à l’instar de l’impressionnante installation multimédia présentée en juin à Jeune Création. Son projet pour Montrouge s’inscrit d’ailleurs dans le droit fil de cette proposition analysant les codes du « néo-porno » en ligne : évolution des mots-clés, de la qualité des images et des filtres, « gamification » des points de vue, ou gadgétisation des sextoys qui passe notamment par d’étonnants masques BDSM en cuir conçus d’après des modélisations de reconnaissance faciale !

Désirs conditionnés.
Le désir à l’épreuve du code

Dans sa dernière pièce, Il faudrait que je cessasse de vivre pour cesser de vous aimer, Thomas Guillemet poursuit la recherche qu’il mène depuis ses toutes premières œuvres. Celle qui le porte à interroger les mutations dans nos comportements induites par les technologies. Dans cette dernière œuvre, c’est la néopornographie et ses pratiques que l’artiste explore, confrontant et questionnant notre rapport à ces images, et la manière dont la technologie façonne et transforme notre désir même. Thomas Guillemet nous a reçus dans son atelier à Auvers-sur-Oise. Cette interview est le résultat d’un échange passionnant sur ce spectacle particulier qu’est la pornographie, où il a été question : d’obsession visuelle, de paysage érotique, des codes et de leur cryptage, de design critique, de la structure de nos vies numériques, et des liens qui se créent entre technologie, corps, pulsions et affects.

En octobre dernier, Thomas Guillemet présentait pour l’édition 2021 du Salon de Montrouge l’installation Il faudrait que je cessasse de vivre pour cesser de vous aimer. L’installation est une petite clinique du désir sexuel, faite de cuir noir, de métal, de néons, d’accessoires érotiques, et de dessins aux formes courbes, liquides. Il s’en dégage une certaine frénésie, quelque chose de l’ordre d’une vision frénétique. Il faudrait que je cessasse de vivre pour cesser de vous aimer est une surface codée à l’esthétique assez sombre, composée d’objets au statut étrange, et de mots en apesanteur : « Send nudes I’m sad », « Boy bot anale intense 4K 60 FPS VR ». Des inscriptions qui mêlent la description d’une technologie et celle d’un désir sexuel, en rejouant la logique des tags et des catégories présente sur les sites internet pornographiques. De la structure et du sentiment. L’ensemble brouille et absorbe l’identification de chaque objet, en tout cas au premier regard, comme si quelque chose, là, était crypté. Il y a une séduction assez claire dans cette pièce, de par le thème même des objets qui y sont exposés. Et dans le même temps, quelque chose qui y est presque réfractaire, qui relève d’une forme d’âpreté, qui tient à distance. Le regard n’y pénètre pas facilement. Cela tient au nombre d’objets qui prolifèrent et composent cette installation, ainsi qu’à la surface graphique qui vient barrer la lecture, compliquer la lisibilité. Cette pièce apparaît finalement comme le lieu d’un code, d’une complexité — que cet entretien souhaite prendre le temps de comprendre et d’analyser.

Not Safe For Work — NSFW

L’artiste

Thomas Guillemet, né en 1989, est un artiste basé entre Auvers-sur-Oise, Paris et bientôt New York. Il travaille sur les mutations de comportements et de langages induites par les évolutions techniques et technologiques. Son travail prend la plupart du temps de nombreuses formes, utilisant des médiums traditionnels et des savoir-faire artisanaux associés au technologique, pour décrire l’impalpable des phénomènes de créolisations numériques. Ses techniques privilégiées : gravure, céramique, tissage, printmaking, mises en contraste avec de la modélisation 3D, de la photographie augmentée, de la programmation, de l’impression numérique, etc. Ses deux derniers axes de recherche sont « la mutation du désir », à travers le néo-porno, et le Dataflower, à travers la méta-botanique.

Le projet

Thomas Guillemet a proposé aux élèves du collège Jules Michelet (Saint-Ouen — 93) d’explorer la communauté des internets grâce à leur propre appartenance à cette nouvelle génération. Trois temporalités et actions se sont articulées au long du projet : un temps de recherche pour rassembler et collecter les archives des différentes mutations dans les comportements et les langages, provoquées par les dernières technologies, et notamment les « gestes de déconcentration » ; un second temps pour créer un nouveau médium technologique avec la conception d’une « drawing machine », robotisée, qui imite le dessin humain et sa gestuelle ; un dernier temps autour de la création de masques tribaux, déjouant les grilles de reconnaissance faciale en motifs tribaux.

Une Inconnue d’avance

« Au premier contact de ses œuvres, c’est une sorte de fougue irrévérencieuse que l’on ressent, comme si nous étions en présence d’une énergie émancipée des bonnes règles. L’artiste Thomas semble comparable à une machine autonome, qui dicterait ses règles esthétiques en jouant avec tous les usages à la mode. Il grave, il dessine, il peint (en tout cas il applique de la peinture sur un support), il colle, parfois il sculpte. Dans une accumulation de grands formats qui parviennent à ne jamais lasser notre attente, ce jeune homme œuvre un peu à la manière d’un ancien maître, utilisant tous les outils de son environnement, des plus traditionnels aux plus avant-gardistes. Parmi les techniques qu’il développe, l’une consiste en un détournement du périphérique Kinect, le capteur infrarouge de la console de jeu Xbox, qui lui permet d’enregistrer ses mouvements dans l’espace. Ces gestes sont ensuite transférés dans un logiciel qu’ils ont eux-mêmes développé et qui en donne un équivalent graphique, sous forme de points. Ces mouvements sont ensuite imprimés sur des grands formats à l’aide d’un traceur, qui sert de base à une composition sur laquelle il retravaille. Cette « augmentation » d’une image imprimée est un procédé qu’il utilise souvent. Dans la série Dazzle Pixel (2016), il reproduit des formes utilisées par les hackers pour crypter des typographies aux ordinateurs espions. Thomas utilise ces motifs comme base de ses images, avec pour dénominateur commun le carré, plus exactement le pixel, qui est pour lui la « forme fondamentale de notre génération ». Dans leurs expérimentations, il utilise aussi des objets issus de notre quotidien, qui ne devraient que très rarement croiser la vie d’une surface de papier : un clavier d’ordinateur, une roue ou des pédales de vélo, une table de ping-pong… Entre ses mains, ils deviennent des outils ludiques, graphiques, qui « accomplissent » l’œuvre en la plongeant dans l’imprévu : les compositions partent en vrille, des rythmes se créent, des espaces se creusent, des surfaces dérapent, comme un abécédaire de tout ce qu’on peut faire, en largeur, en hauteur. Il y a quelque chose du plaisir primitif qui s’épanouit ici et qui reste gravé dans l’image : un endroit que l’on croyait usé, où l’aventure recommence. » — Gaël Charbau — Une Inconnue d’avance Révélation — Emerige — Les Éditions Particules, 2016

Propos recueillis

Olivier Alexanian, avec qui nous formions un duo, s’est reconverti en politique. Aujourd’hui en solo, je continue à collaborer régulièrement avec des artistes, mais aussi des scientifiques et des ingénieurs. Ensemble, nous tentons de parler la même langue, d’amorcer des dialogues avec la machine et de voir à travers ses yeux. Mon approche ne consiste pas à ouvrir la boîte noire d’une machine mais à m’engager avec elle comme avec une personne voire un être aimé. Si elle est communément le réceptacle de fantasmes et d’anxiétés, je cherche, pour ma part, à l’anthropomorphiser. Je me place donc du côté du trans-machinisme (l’augmentation de la machine par l’homme) et à rebours du trans-humanisme. Je cherche à court-circuiter et dépasser les systèmes figés mis en place par les ingénieurs. Pour cela, j’applique l’idée de désordre à l’architecture pragmatique et rigoureuse des machines en créant des situations troublantes que j’appelle dys_affordances. « Dys » signifie « désordre » et « affordance » se réfère à la capacité d’un objet à suggérer son mode d’utilisation. Une machine n’est pas plus humaine lorsqu’elle ne fait pas d’erreurs mais lorsqu’elle en commet des plus fines et génère des événements inattendus. En poussant la machine dans ses retranchements, mon travail se l’approprie en créant justement des formes inappropriées. J’aime définir cela comme une poétique du sabotage. Conçu avec le programmeur Clément Barbisan et le chorégraphe Jean-Marc Matos, le projet Body Fail s’intéresse aux procédés par lesquels le corps introduit une erreur dans la machine. Un système de neurones est censé reconnaître des positions corporelles mais certaines d’entre elles le font bugger. Nous avons donc fait leur inventaire et composé des partitions d’erreurs. Mon travail gravite en fait autour d’une exploration du langage. Cela s’explique probablement par ma dyslexie. Je commets en permanence des erreurs d’interprétation et ces dernières portent mes recherches, me permettant de questionner ce qui fait norme en célébrant ce qui s’en écarte. »

Work in promess

L’utilisation de la barre oblique, caractère typographique du slasheur, semble indispensable pour aborder le travail — les travaux — de Thomas Guillemet. Graphiste / artiste / designer / chercheur /… : à l’image de ces jeunes travailleurs modernes qui évoluent simultanément de boulots en boulots, Thomas Guillemet est une sorte d’entreprise innovante à lui tout seul. Un « startuper » sans marché et infructueux, dont la R&D repose sur les interactions entre l’homme et la machine, sur leurs zones d’incompréhensions et d’inconforts ; aux failles qui amènent irrémédiablement au malentendu. Savant volontairement désordonné, de la classe des Hackers et de la mouvance Open Source, Thomas Guillemet poursuit une mission de déstandardisation revendiquée d’éléments graphiques considérés comme inappropriés : ratures, gribouillages, inversions, détériorations. L’esthétisme du raté lui permet d’être audacieux, de donner un rythme visuel saccadé pour forcer le changement de point de vue et de perception. Le geste est bien sûr très présent, toujours lié à l’utilisation d’un outil et d’une technique, que celle-ci soit de l’ordre de l’artisanat (impression lithographique) ou du développement informatique (codage binaire) — dont les compétences digitales seront à leur tour artisanales et dans le pur respect des traditions pour les générations futures. Tout cela n’est qu’affaire de troubles de différents dialogues corporels, dialectiques et sensibles où le corps humain se confronte au corps technologique, où les signes typographiques se traduisent en signes numériques et où les émotions avec la machinerie ne sont jamais réciproques. Nous ne nous comprenons pas, les profils sont incompatibles ; pas la peine de swipe left, ça ne marchera pas.

Comme si le corps était l’ultime ressource

L’entrée de cette exposition est formellement interdite aux robots. Nous vous remercions de votre compréhension. Nous sommes dans un monde en mutation accélérée, au futur déjà obsolète. Le robot s’est révélé plus proche du prédateur que du simple rival. Lointaine est l’époque où certains décidèrent de miser sur la machine plutôt que sur l’homme et d’investir dans un avenir façonné par une technologie cyclopéenne. À mille lieues des rêves avortés de longévité, l’aboutissement des recherches entamées au temps du capitalisme a provoqué une urgence sans précédent : l’heure actuelle est à la survie.

La question de savoir quelle relation l’homme entretient et développe avec la machine est au cœur des recherches menées par Thomas Guillemet dans son exposition Honda Accor 2000 v6. Le travail présenté interroge les éventuels modes d’émancipation ou de cohabitation face à l’emprise des technologies. En pénétrant l’espace, le visiteur est happé par la lumière artificielle qui émane des néons. L’acronyme NSFW (Not Safe For Work), tout droit issu de la communauté web, y est marqué au feutre indélébile.

On découvre aux murs des bribes de souvenirs, images capturées sur Chatroulette d’utilisateurs errants derrière leurs écrans. Les cierges allumés à l’honneur de ces reliques contemporaines plongent le spectateur dans une atmosphère religieuse empreinte d’une certaine nostalgie. Des tapis et des gravures Captchas recouvrent sol et murs pour assurer la sécurité du périmètre. Les captchas désignent une famille de tests informatiques dont la fonction est de discerner l’homme du robot, pour lequel l’usurpation d’identité est usuelle. En guise d’ornements, ni motifs typiques de quelques régions ni mot d’accueil, mais une demande de vérification commune du paysage informatique. Ce contrôle administratif n’est pas sans rappeler celui effectué à la douane puisqu’il se situe entre deux espaces — la galerie et la rue — et restreint l’accès. Les frontières géographiques estompées par la révolution digitale ont donc fait place à un nouveau type de limitation individuelle. Cette zone limitrophe vise non pas à séparer les gens selon leurs origines, mais à distinguer le vivant du mécanique.

Une fois le sas traversé, les murs tapissés de couvertures de survies dévoilent un univers post-apocalyptique. L’inscription cryptée annonce avec cynisme un survivant : « Steve [Jobs] is OK » ! Nous voilà rassurés… Un petit autel dédié aux divinités nous permet d’admirer les trésors du passé : amulettes en cires et céramiques à la gloire des GAFA. Les entreprises de la Silicon Valley, initiateurs d’un imaginaire collectif, tenaient visiblement le peuple en haleine. Cette archéologie du futur présente du matériel informatique en tout genre, d’apparat des plus archaïques. Adulés parce qu’ils incarnent la mémoire des générations passées, ces outils désuets témoignent d’une époque révolue. Désormais dénuée de toute utilité, seule une forme brutalement matérielle subsiste. Mais l’objet mort, au processus de décomposition interminable, nous survivra.

Plus loin, des sculptures se dressent dans un paysage végétal post-humain. De la symbiose entre le corps de l’homme et l’automobile résulte des œuvres hybrides pour le moins perturbantes. Les projections vidéo animent les capots de voiture. L’enveloppe corporelle, véritable barrière de protection dont les cellules as-surent une régénération continue, est devenue la matière première des machines. Ces dernières, renversant les hiérarchies de pouvoir, se sont émancipées de leur tutelle humaine. L’algorithme des voitures autonomes qui pouvait décider à la place du passager s’il devait ou non mourir est parvenu à ses fins. Si le corps, comme le défend Nietzsche, est fait de pulsions, de désir, d’instinct, et que sans lui, l’âme est inexistante, alors peut-être que dans cette quête corporelle, les transmachinistes parviendront à générer une conscience et tout ce qui en découle.

À proximité, une découpe laser dénommée Stuxnet s’attelle à graver les œuvres. Tout comme son homonyme — un logiciel malveillant découvert en 2010 visant à compromettre le programme nucléaire iranien —, elle sabote le site. Ainsi, le piratage est intégré au processus de création afin de proposer une version alternative des œuvres préexistantes. À l’étage, une cellule de résistance.

Le skeuomorphisme, dont l’objectif est de rendre l’interface homme-machine rassurante et agréable, consiste à donner l’apparence et le nom d’un objet réel à un élément virtuel. « Mettre » un « document » dans la « corbeille » n’est finalement qu’un amas de lignes de codes. L’œuvre sonore s’inscrit dans la continuité des recherches de l’artiste relative au skeuomorphisme. Jouée en boucle, une voix féminine divulgue le code source du réseau de neurones développé pour l’installation BodyFail. Les 1 et les 0 s’enchaînent à un rythme cardiaque, entraînant le spectateur au cœur même de l’organisme du système informatique. Ici encore, les hiérarchies sont bousculées puisque ce qui habituellement est dissimulé se retrouve au premier plan, et ce qui devrait être lu se retrouve entendu.

Tout comme l’électricité dont on prend conscience dès lors qu’il y a une panne, le caractère matériel du digital est éclipsé par son omniprésence devenue anodine. La forme tangible de l’outil s’efface derrière l’usage qu’on en fait. Les gravures monotypes présentées sont ainsi réalisées à l’aide d’outils informatiques détournés, de manière à ce que seules leurs formes matérielles soient exploitées. Le clavier fait office de pinceau pour la réalisation de l’œuvre, c’est une « décadence positive » comme le nomme Thomas Guillemet. En désacralisant l’objet informatique — en dissociant l’objet de sa fonction —, il se réapproprie l’usage de son corps. Les outils tenus de libérer l’homme du travail à la chaîne ont fini par l’astreindre à répéter les mêmes mouvements. Alors que l’utilisateur se laisse choir derrière son écran, limitant l’usage de ses membres, l’artiste réintègre dans son processus de création les formes de productions ancestrales issues du corps. Dans la dernière salle de l’exposition se trouve l’installation Body Fail sous-titrée « Le corps comme limite du code ». Le visiteur est incité à expérimenter des positions pour se soustraire à la vidéosurveillance. En adoptant une gestuelle déviante, en jouant sur l’équilibre/déséquilibre, le symétrique/dissymétrique, l’aligné/désa-ligné, le focalisé/défocalisé, il pourrait faire buger la machine. Chaque fois qu’un visiteur y parvient, la pose s’ajoute à une partition de mouvements dits défaillants.

Comme si le corps était l’ultime ressource.

Corps en jeu

Thomas est un jeune artiste à la détermination sans faille. Dyslexique, il réussit de brillantes études et termine major de promotion avec les félicitations du jury de l’École des Arts décoratifs de Paris. Son travail artistique s’interroge sur l’utilisation massive des nouvelles technologies et sur la relation entre l’outil numérique, l’art conceptuel et les métiers de l’artisanat. Au-delà de la performance, généralement captée en vidéo et publiée sur YouTube, Thomas Guillemet développe des concepts critiques sur la technologie et ses usages.

Son projet consiste à développer une interface qui convertirait le geste, pourquoi pas celui d’un danseur, sur la machine d’un grand maître graveur, grâce au « détournement » d’un capteur de jeu vidéo très connu : la Kinect. Entre création artistique et questionnement philosophique, le projet de Thomas met en lumière la proximité grandissante entre le numérique et l’homme.

Olivier Alexanian, Jean-Marc Matos, Clément Barbisan, Laurent Lacotte, Indira Béraud, Yoan Rihouay, Dylan Da Silva, Pierre-Ange Aznar, Christian Joseph, Jocelyne Maillard, Nahtalie Desmet, Marion Zilio, Eric Mangion, Cris Gianakos, Pauline Lavergne, Patricia Folgringer, Romain Semeteys, Camille JeanJean, Lionel Hager, EnsAD de Paris, École de Condé Paris, Gaël Charbau, Pulsar The Art Prize, Alix Debussche, Oihana Ospital, Sylvie Boulanger, Andréanne Béguin, Corinne Digard, Théo Diers et Hélène Soumaré.

Institution : EnsAD de Paris, School of Visual Arts, The Cooper Union, École Estienne, École supérieure d’art et de design Condé, Ministère de l’Éducation nationale, Académie de Versailles, Drac Île-de-France, Frac Occitanie, Fondation de France, Fondation Fiminco, Fondation Orange Rouge, CNEAI, Centre d’Art d’Île-de-France, Institut Français, Quai des Savoirs, Poush, Villa Albertine, Industry City, NYC Makerspace, 6B, Jeune Création, Salon de Montrouge, The Window, Centre Pompidou, Centre Georges Pompidou, Magasins Généraux, La Sorbonne Abu Dhabi, Galerie des Beaux-Arts, Le Cent-quatre, Villa Arson, Fondation EDF, Villa Emerige, le Louvre et Powerhouse Arts.

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